Ce qui change dans ta vie avec le coworking

Après cinq ans de travail acharné de documentation personnelle plus ou moins ordonnée, de rencontres et de pratiques du coworking, il est temps de procéder à une restitution. Premier d’une série (ou pas), ce billet va permettre de poser quelques traces dans un coin propre, d’où je viens et où j’espère me rendre dans cette communauté européenne et mondiale. Et surtout, détailler quel est son impact sur les écosystèmes de l’innovation et ceux qui font plus que prononcer ces buzz words, qui les vivent.

A chaque fois qu’on me demande d’expliquer ce qu’est le coworking pour moi, je repense à cette photo.

Laptop Superstar, Coworking Europe Conference, Barcelona, nov. 2013 — Curtesy of Stefano Borghi www.stefanoborghi.com

Laptop Superstar, Coworking Europe Conference, Barcelona, nov. 2013 — Curtesy of Stefano Borghi www.stefanoborghi.com

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Causons du don

Cela fait quatre mois que je ne donne plus.

 

Je m’étais fait accoster devant ma station de métro par une demoiselle souriante, convaincante, et drôle, ce qui est un ensemble peu courant dans ce genre d’activité. Il faisait beau, j’étais de bonne humeur, je n’avais pas mon casque réglé sur « MOAR LOUDER » sur les oreilles : combinaison encore plus rare. J’ai donc donné pendant un an, 10 € par mois, à l’UNICEF belge. Et puis au moment de quitter la Belgique et de mettre de l’ordre dans mes comptes bancaires, j’ai supprimé le virement automatique

 

Il y a quelques années, j’ai essayé le bénévolat, pour me retrouver dans une équipe qui ne me plaisait pas du tout : arrêt au bout de trois semaines. Il y a des cons partout, même chez ceux qui veulent servir à manger aux sans-abris et papoter un peu avec eux, quand ils en ont envie et que tu ne sens pas trop le savon et la pitié.

 

Ça ne fait pas de moi un exemple, encore moins un type avec quelque chose d’intéressant à dire sur le sujet. Et c’est bien mon problème : j’aime donner, j’aime participer, j’aime partager, par tous les moyens. Mais les parcours classiques à ce sujet – dons d’argent ou de temps à des « œuvres charitables » – ne me conviennent pas du tout.

Je ne lis pas les comptes-rendus que l’on m’envoie ; c’est au mieux un gaspillage de papier. Je ne me sens pas impliqué. Je ne me sens pas partie d’un tout (je déteste ça en général, de toute façon). J’ai besoin de me sentir déterminant, pas seulement partie d’une masse de donneurs. Et même quand je n’ai rien ou pas grand chose à l’échelle occidentale, je sais que je peux quand même faire quelque chose.

 

CC-BY-SA opensourceway (Flickr)

 

Deux possibilités se présentent en ce moment à moi pour essayer de varier tout ça, de trouver une façon de donner qui me convienne. Vous aurez peut-être des idées plus fines et plus pertinentes.

 

Le micro-crédit

La dame avec qui je vis, qui en plus de me rendre heureux pose en général un regard vif et original sur ce monde en folie, a rejoint un système de micro-crédit finançant tous types de projets dans des pays émergents ou particulièrement défavorisés, de l’entrepreunariat classique et simplement malin de faire appel aux Internets mondiaux qui cherchent un moyen de chasser l’ennui, au projet de pompe à eau potable un poil plus vital.

Il en existe plusieurs, celui qu’elle m’a présenté s’appelle Kiva.

Ça a l’air très bien fait, si tu es parrainé on te prête même 25 USD virtuels que tu peux utiliser pour financer de vrais projets. Et le site est propre et agréable à l’usage, ce qui est rare et parfois plus que rebutant pour moi (oui je suis un horrible snob, mais je le vis bien).

Sauf que je n’accroche pas. Après deux soirs à passer en revue les sollicitants pour un prêt, rien qui ne m’ai tapé dans l’œil.

 

Le crowdfounding

Peut-être que je ne suis pas fait pour le don. Ou pas comme ça.

Peut-être que ceux que j’ai vraiment envie d’aider, ce sont de mesquins nantis comme moi, qui ont des préoccupations certes passionnantes et créatives, mais beaucoup plus futiles.

Peut-être que si je consacrais un petit budget pour jouer avec deux projets par mois sur Kickstarter, ça me suffirait. On n’y trouve pas que les « million-dollar projects » dont se régalent les journalistes spécialisés en ce moment, mais aussi du financement de documentaires très engagés, par exemple.

 

Comment tu donnes, toi ? On en avait parlé sur les internets il y a quelques mois, j’ai continué à y réfléchir, sans trouver de réponse satisfaisante.

Pedo mellon a minno

Salut les filles.

Puisque mon dossier de brouillons déborde de façon indécente, il est temps de vous dire ce que je vais essayer de faire ici pour la seconde moitié de l’année.

Tout d’abord un petit point technique : elle évoluera, mais la page d’accueil du site est… une page d’accueil (owi tu ne l’avais pas vue venir celle-là). Le blog en lui-même se trouve donc ici : Parfois je reste éveillé.

Avant tout, on va essayer de parler de choses très variées. Je n’ai pas de ligne éditoriale pour brider ma curiosité dans la vie quotidienne, je ne vais donc pas m’en imposer une ici.
En vrac et dans le désordre, on causera :

Gaming
– Médias Sociaux
Musique, live et enregistrée
Bouquins et ciné.
Gastronomie
– Découverte de la Suisse Romande, principalement Lausanne, mais pas que.
– Souvenirs de Bruxelles
– Macramé (non, j’déconne)

Ça devrait déjà nous occuper un petit moment.

Commençons par un cadeau pour vous faire oublier la poussière, les câbles qui dépassent et la peinture pas terminée. Merveille du SEO :

Les blogs qui ressemblent à une chaire professorale ayant le don de m’emmerder profondément, j’espère vous lire nombreux, drôles et pertinents dans les commentaires, c’est fait pour ça.

Gros bisous. A tout de suite.

PS : Le titre est évidemment une subtile référence, qui veut dire en gros : « Viendez les copains, on va jouer à jouer. »

Une chanson chaque jour rallonge le parcours

Pour les malheureux devant me supporter sur twitter ou facebook, vous aurez remarqué que je link ou retweet souvent un site en ce moment : One Song, One Day.

Mais pourquoi-t-il donc ma bonne dame ?, inquiquerez-vous à raison (du verbe “inquiquer” -un copyright So-, “action de s’interroger avec le sourcil du doute constructif : +Hein ? Qui ? Que ?+”). Ruinons ici tout suspense : il se trouve qu’on m’a proposé de rejoindre l’aventure pour ce début d’année, et que j’ai accepté.

One Song, c’est tout d’abord Cécile, qui postait une chanson par jour (les plus subtils avaient déjà percuté le concept) depuis environ deux ans. Et puis en fin d’année dernière, la lassitude s’est un peu installée, elle voulait arrêter. Faut dire que Cécile est un peu hyperactive, et qu’elle a plein d’autres trucs en cours à côté, en plus de son boulot.

C’était sans compter sur ses potes bruxellois, et les potes de ses potes. Nous sommes donc maintenant trois, en plus de Cécile, à proposer la musique que nous découvrons chaque jour :

Yann a la lourde tâche de s’occuper de vos débuts de semaine ; Mateusz essaye de faire en sorte que vous passiez à travers les mercredi et jeudi avec du bon son dans les oreilles ; Cécile s’est réservée le départ en week end ; et votre serviteur a le plaisir de sonoriser vos réveils de 14 heures du matin les samedi et dimanche.

Le principe est simple : se faire plaisir, et partager la musique que nous trouvons dans les recoins des internets participatifs, au hasard de nos pérégrinations du moment. Pas de limite de genre, de la reprise country à la J-pop. On ne va pas vous mentir, nous avons tous une tendance certaine à pencher du côté de l’indie folk / rock, tout d’même. Et comme on est un peu 2.0 sur les bords, rien qui ait plus de six mois.

Un petit aperçu de la sélection depuis le début du mois ? The Dø, Lykke Li, Noah and the Whale, Emily Jane White, Mogwaï, Rivers Cuomo, Anamanaguchi, Indian Jewelry, Jujiya & Miyagi, Iron and Wine, Yeasayer, Nóra, Adele, Mister Heavenly…

Voilà, on vous attend nombreux, parce qu’on ne se casse pas le cul à fouiner pour dégoter du bon matériel à esgourdes pour que le monde s’en foute. Quand même.

Jazz, passions et dépendance

– Pourquoi j’ai tant besoin des passionnés.


Ils sont toujours impressionnants. Intimidants. Il y a les humbles, ceux que l’on pourrait écouter ou lire des heures, des jours. Mais aussi ceux un peu trop certains de leur maîtrise, vite ennuyeux et ennuyants. C’est parfois compliqué : les taiseux, dont il faut gagner l’approbation patiemment, pour qu’ils se livrent enfin. Et les intarissables bavards, chez qui il faut trier dans le flot incessant, et dense pourtant, inégal de temps en temps, mais pour lesquels ma propre personnalité me pousse à une indulgence complice.

 

Alors qu’il essayait de m’inculquer la leçon de vie la plus décisive de mon adolescence, mon père se lamentait : « Mais tu n’as aucune passion ! » Il avait en tête ma future activité professionnelle, et je contournais alors l’obstacle en feignant de croire qu’il est possible sur le long terme de gagner sa vie grâce à une activité génératrice d’ennui profond, sans développer une aigreur tenace. Malgré ce contresens assumé entre nous, il touchait là du doigt un point essentiel.

Plus de dix ans après cette discussion, j’ai compris la valeur de la vraie passion. Nous n’en avons pas parlé ensemble depuis longtemps lui et moi, mais le souvenir de ses paroles, et ses implications, sont tenaces.

Petit à petit, je me fais à l’idée que je ne serais vraisemblablement jamais un passionné pointu, l’érudit flamboyant du sujet d’une vie. Une mémoire vagabonde et approximative, déjà. Et puis cette inconstance qui pousse à changer sans cesse de sujet d’étude, même quand il ne s’agit pas d’étudier au sens strict. La peur de la lassitude, mais pas seulement. La curiosité et le renouvellement permanent qu’elle apporte.

Bien sûr, au jeu de la définition personnelle, je peux dire que « j’aime » les livres, les mots, le cinéma, une certaine musique, par exemple. Je peux énumérer avec un peu d’aisance et commenter tous les derniers du moment, pourquoi et comment ceux-là : dernier film vu, dernier concert vécu, dernier son entendu, livre en cours de lecture. Faire illusion si je veux auprès des non curieux qui font le choix, tristement inconscient ou cyniquement déprimant, de rester à la surface des choses, par confort. Bien sûr.

 

Les réels passionnés font partie d’un tout autre monde. En raison de leur réelle connaissance encyclopédique, pour commencer. Mais bien évidemment aussi pour leurs réalisations, pour ceux qui réussissent à dompter la passion et à l’adjoindre à un don. J’aime admirer les passionnés comme ils admirent leur sujet de prédilection, explorant et étendant sans relâche leur territoire. D’une certaine façon, ils ont été ma thérapie contre l’égoïsme naturel qu’on prête volontiers aux fils uniques. Ils m’ont permis de réaliser la valeur de l’écoute réelle, parce qu’il est toujours intéressant d’écouter attentivement quelqu’un parler de ce qu’il possède et qui le possède, quand cette réalité nous est étrangère.

Oui, j’aime profondément les gens qui aiment faire aimer aux autres, partager. Et qui sont doués pour ça.

 

Depuis quelques temps, au hasard des rencontres et des conversations, j’ai la chance de croiser de nombreux passionnés authentiques : hommes, femmes, jeunes et moins jeunes. Apaisés ou fiévreux, artistes ou spécialistes. C’est toujours un enrichissement profond, quoiqu’un peu douloureux : il y a cette petite pointe d’envie, qui se mue vite en la douce nostalgie familière, même si l’habitude aidant cela devient moins douloureux – saudade.

Nous sommes cousins, non pas frères. Je peux vivre avec ça, puisque j’ai la chance de me rapprocher d’eux malgré tout. Et de les laisser continuer à enrichir ma vie, par tout ce qu’ils puisent dans la leur et acceptent de me confier en partage sans que cela les appauvrisse.

Peut-être que leur contact répété me permettra de me réveiller un jour sur le tard authentique passionné, avec tout ce que ça suppose, par capillarité. C’est à la fois mon souhait le plus cher, et ma plus grande crainte : je sais combien leur responsabilité dans l’épanouissement des autres est centrale.


AdmirationDR

Je vais essayer de vous décrire la photographie qui illustre ces confessions nocturnes, et pourquoi je la trouve si joliment adaptée. On y voit avant tout ce visage d’ange brunette tourné vers un homme, assis, qui la surplombe. Son sourire, l’intensité de ce regard qu’ils échangent. Ils sont trois, puis des dizaines, ils sont bien plus que deux, à eux deux : ce qu’ils partagent, sans parole, en se frôlant à peine, est plus fort que la simple addition de leurs êtres.

J’ai envie de croire que c’est leur première rencontre qui a été capturée ainsi. Et déjà tout est dit entre eux, et éclate dans une profusion d’évidence. Au second plan, un autre homme constate, appareil photo en main, bienveillant. Lui aussi a compris ce qui se passe.

Juliette Gréco dévore Miles Davis de ses grands yeux, qui le lui rend bien. Boris Vian les chaperonne amicalement.

C’est un passionné, évidemment, qui m’a fait découvrir cette image (*). Les livres, les interviews, nous apprennent combien l’histoire entre eux fut, à tous points de vue, magique. Pas assez pour vaincre les puissants tabous de l’époque, mais suffisamment pour nous pousser un peu à la rêverie.

Décrivant cette première rencontre (#), Gréco explique combien elle se sentait insignifiante devant la puissance solaire qu’était le jazzman de 22 ans, sur scène et dans la vie. Elle a été touchée par sa présence musicale, ils se sont aimés avec fulgurance, sans les mots (lui ne parlait pas français, elle pas anglais). Miles revient lui aussi en détail sur leur histoire dans son autobiographie. L’amour d’une vie, peut-être.

 

Il y a dans le visage de Juliette cette admiration sans borne, cet amour si pur qu’il en deviendrait presque gênant pour les autres. Il y a dans le regard que Miles lui porte en retour ce respect mutuel, jamais condescendant. Ce plaisir simple mais puissant de donner et de recevoir simultanément.

La même admiration qui me pousse à chercher la compagnie d’authentiques passionnés, le même plaisir pour eux peut-être. A la différence près que Juliette Gréco deviendra elle aussi très vite une grande artiste. J’espère sincèrement tourner aussi mal qu’elle du fait de ce genre d’influence.

Et quand bien même cela ne serait pas, j’aurais au moins croisé chemin faisant ce qui chasse la grisaille molle du relativisme, ces personnes uniques et leurs passions déraisonnables si nécessaires, parce qu’elles embellissent le monde.

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(*) Tous droits réservés. Malgré quelques recherches, je ne suis pas parvenu à retrouver l’auteur ou à dater précisément le cliché. La première venue de Miles Davis à Paris et sa rencontre avec Gréco ont lieu en 1949. Il reviendra en 1956. A lire aussi : Miles Davis: a love affair with Paris.

(#) Dans une interview au Guardian, 2006, à l’occasion de l’anniversaire de naissance des 80 ans du jazzman.

 

Instant fanboy final : Enfin, si comme moi vous n’y connaissez rien ou presque au jazz en général, et sur Miles Davis en particulier, je vous conseille l’excellent (oui, oui) article, toujours de KMS, invité en voisin par la Blogo : Call It Anything, pour avoir envie de changer ça.