Tirons la langue aux amours platoniques

Un peu au débotté, je me suis donc rendu à l’Avant-Première du second film de Xavier Dolan, “Les Amours Imaginaires”, suivi d’une séance de questions – réponses avec le réalisateur et ses deux acteurs principaux. Leur passage à Bruxelles suivait la présentation du film au Festival international du film francophone de Namur (dont vous chercherez une page propre sur le net si ça vous amuse, j’ai abandonné assez vite, pour ma part).

J’aurais vraisemblablement été plus sévère si ça ne tenait qu’à moi, mais vous savez ce que c’est : quelqu’un à qui vous tenez vous conseille d’aller le voir, et puis y’a un Q&A assez drôle et touchant de plus de vingt minutes avec l’équipe du film à la fin…

Xavier Dolan donne envie de voir ses films de dans cinq ans, à la façon dont il parle du cinéma. Niels Schneider donne envie de quitter la salle cinq minutes plus tôt du fait de ses mauvaises manières (décrocher son portable en en faisant des tonnes en pleine interview, c’est la grande classe). Monia Chokri donne envie d’aller boire cinq cafés avec elle au bar le plus proche et pas seulement pour parler de sa sublime grimace au photocall de Cannes.


Photo : upi.com


Le film souffre de lenteurs : les fameux ralentis par exemple, désamorcés avec beaucoup de sincérité par le réalisateur devant une salle convaincue a posteriori – Il voulait décrire le flottement de l’état amoureux, et plus précisément sur son actrice, “J’aurais pu la mettre en leggings à 24 fps, j’ai préféré la robe des 50’s, leeeeeentement.”

Il nous dit ça avec une émotion désarmante. Quelqu’un a le mauvais goût d’insister en demandant s’il a calqué beaucoup de lui dans les situations qu’il nous montre. Avec beaucoup d’élégance et un peu de crispation, il donne presqu’envie de les aimer, ces ralentis. Cette glissade, gauche, touchante, avec le sentiment partagé, ou l’autre qui “a quelque chose sur le feu”, ‘quand même’, en butée.


Il y a aussi des imprécisions, des détails de faiseurs (foutus filtres couleur). Les “amoureux lambdas” comme Dolan les appelle, sont eux particulièrement réussis (l’emprunt à l’attente de Barthes, et d’autres, précisés avec humilité en interview), ou encore le détail dans l’accessoire (les chaussures complètement improbables de Marie quand elle quitte la “campagne”, le jeu avec le livre sur l’appui de la fenêtre pendant la scène du thé.). La relation entre Francis et Marie, qui puise tant, on le devine, on le sent, on le voit, dans la complicité du réel entre leurs interprètes, touche aussi beaucoup, surtout dans les scènes finales (le “un an après”).
Et puis les lumières se rallument, et ça passe assez bien.

Par contre, Monia. S’il te plaît. Plus jamais tu ne lui suggères au montage, comme dans une embuscade de canyon, les suites pour violoncelle seul de Bach. Merci.

6/10 sur senscritique.com

Film Days 2010 #1 – Wall Street: Money Never Sleeps

24-25-26 septembre 2010 : ce sont les filmdays.be. A cette occasion, plusieurs films en avant-première parfois très en avance sur la date de sortie prévue dans le bon Royaume de Belgique. Voyons ça.

Premier de la série : Wall Street: Money Never Sleeps, Oliver Stone.

On a envie de hurler assez vite que non “Greed ain’t that good!”

Shia LaBeouf est un acteur complet : Shia fait de la moto, Shia va à un gala de charité, Shia regarde la télé, Shia achète une bague, Shia fait sa demande en mariage en chialant.

Mais Shia a un regard vraiment insupportable. Un cocker battu qui sent la pluie. On a envie de le frapper au premier plan serré où on s’en aperçoit. Oh on le savait, vous pensez bien, mais vu qu’on est là pour Michael Douglas, on avait fait semblant d’oublier. Fatale erreur.

Les yeux de Douglas, eux, puent le fric, la rancœur tenace, la revanche. Vert dollar. Brillants de saloperie. Ils font le film.

Les deux scènes où Oliver Stone joue entre Gekko et le personnage de sa fille, tenu (on ne dira ni joué, ni interprété, soyons honnêtes) par une Carey Mulligan décevante, à des années-lumière de la grâce dégagée dans An Education, sont un calvaire visuel. Deux expressions de visage pour tenir tout un film, c’est un peu léger, Carey.

On va s’épargner un commentaire trop long de la morale finale assez niaise, surtout au vu de la construction du récit. “Human beings, you gotta give ‘em a break.” traduction : on fait des coups de pute, à coups de 100 millions de dollars, mais c’est pas nous, c’est la société la méchante. Alors pour se faire pardonner on file le fric au génie qui est en train d’inventer l’énergie propre du futur. Ok.

Allez le voir pour Frank Langella (en mentor désabusé superbe) et Michael “Gordon the Gekko” Douglas. Les papys tiennent la baraque, mais ils sont bien seuls.

Bon allez, Josh Brollin s’en sort bien en requin grande classe qui sait presque prononcer le nom de son tableau de Goya, mais ne fait pas le poids face à Douglas dans la même catégorie, ne soyons pas si méchants.

– Mais qu’est-ce que je fous là entre ces deux gamins mono-expressifs ?


tl;dr Je te mets ma critique #microvk pour la route :

“L’insupportable regard de cocker de LaBeouf face aux yeux vert dollar de Douglas – Money Never Sleeps: Greed ain’t that good.”

(également publié sur senscritique.com 4/10 – comme la terre entière, j’ai plein d’invitations si le videur ne te laisse pas rentrer.)