Valérie, de 8h52

Sur le trajet matinal pour attraper mon métro, je croise régulièrement les mêmes passants.

 

Il y a l’executive de chez Generali, la démarche raide, homme pressé. Toujours impeccablement sanglé dans son costard bien coupé, chemise blanche sur-mesure, cravates discrètes. Il fume facilement ses deux paquets par jour, vu comment il tire sur son mégot.

 

Quand Mélissa me fait la bise en passant, c’est ou elle ou moi ou les deux, la vanne rituelle fuse : “Vraiment pas en avance !”. On se voit arriver de loin sur le trottoir, on se marre, on s’embrasse, on file sans avoir le temps de s’en dire plus. C’est une ex-collègue qui suit des cours dans mon quartier.

 

Bingo : le tiercé des informaticiens / backoffice lambda dans l’ordre. Rarement souriants, au moins autant la tête dans le cul que moi, mais passant encore moins de temps à s’habiller le matin ou à se passer un rapide coup de peigne, vu le résultat visuel. C’est bon pour l’égo, ça lutte bien mieux contre les malles sous les yeux que n’importe quel anti-cernes.

 

Et puis il y a Valérie, de 8h52.

Ses boucles rousses à hauteur d’épaule, son casque audio de bonne qualité imperturbablement vissé sur l’ovale clair de son visage, narguant mes intra-auriculaires. Son imper crème des jours de pluie, et une fossette sur la joue droite.

 

Je ne crois pas qu’elle s’appelle réellement Valérie, bien sûr, mais ça lui va bien. Et je suis sûr qu’elle apprécierait la référence.

De temps en temps, au hasard de nos errances musicales respectives, fermés à ce qui nous entoure, nos regards se croisent. Indifféremment, au début. Puis il y a eu les quelques regards pétillants de malice, amusés par mes T-shirts improbables. Un très léger signe de tête souvent maintenant, un sourire parfois, quand la couleur ou le slogan que j’arbore égayent son trottoir morne, et quand ses yeux clairs viennent secouer ma torpeur matinale en plongeant toujours trop furtivement dans les miens.

Ces matins-là, il fait moins gris pendant un instant.

 

Puis le temps s’étire et reprend son cours normal et sa météo maussade ; nous continuons le ballet du matin, croisant des gens, pendant qu’Amy Winehouse égrène son âme au vent. 8h52, ce n’est déjà pas raisonnable pour se croiser si bas dans la rue.

Un jour, il faudra bien qu’on arrive vraiment en retard, pourtant.

Moule à manquer

Depuis longtemps, je rate. Je manque. J’oublie, pour quinze minutes, deux heures, une vie. Je change d’avis, d’idée, d’endroit, de boulot, d’amour, de quai de gare, de marque de céréales, de couleur de T-Shirt, de thé préféré. Et laisse tout un tas d’inachevés en passant.

Non pas que ce soit si problématique en temps normal, ça non. Enfin pas trop. Enfin disons que mes amis ont le bon goût de ne pas trop souvent me le faire remarquer, et mes connaissances s’adaptent ou s’enfuient.

Mais quand je reviens rapidement sur ces derniers mois, je ne peux m’empêcher de penser : grmblfzkr, comment me suis-je démerdé pour ne pas faire tant de choses ? Oui, j’aime bien faire n’importe quoi avec les négations quand je me cause.

L’anglais a deux très jolis mots qui vont nous servir dans ce contexte : obnoxious, et to postpone

Parce que le temps passant, ça commence à devenir un tout petit peu plus flippant. Pas tellement en terme de productivité ou d’objectifs à atteindre, mais simplement, l’effet d’accumulation rend assez vite irritant tout ça. Le moment où on commence à se dire “tout ça” au lieu de simplement “ça”. C’est là, ça l’a toujours été, mais ça commence à peser un petit poil plus lourd.

Une subtile variation. Un matin (souvent le mardi), tu commences à te dire que ça pourrait vite faire trop. Essayer de rester équilibré, et d’atteindre quand même quelques buts de temps en temps, l’heur de ne pas y toucher. Pour la science (et c’est ma joie). Notons tout de même que pendant ce temps, des objectifs d’importance et de conséquences diverses et variées continuent à se valider tout à fait normalement. Et puis de temps en temps ressurgissent les vieux démons du fail bien gras, du gros ratage qui pique.

Vient s’ajouter la variante procrastinatrice des indécis impatients dans mon genre : la facilité de se dire que ce n’est pas bien grave, puisqu’il suffira de le faire, puis de faire tout ça, plus tard. Un jour. La prochaine fois, demain, l’année prochaine, quand tu auras trente, puis quarante ans. 

Sauf que mécaniquement arrive le moment où l’on commence à se demander si on aura bien la place et le temps de caser tout le retard et quelques imprévus en cours de route. Postponed obnoxiousness.

Bah, on réfléchira à tout ça plus tard. Oh wait…

Boudhisme de Suez

Quel bruit émet le son d’un seul pixel blanc recouvert de poussière qui claque ?

Je n’arrive pas à écrire ici alors que j’ai trouze mille idées de notes mais que je néglige la rédaction.

Je n’arrive pas à écrire pour l’EL #30 (oui promis, hypothétique autant que fictif lecteur, demain™ je t’explique), alors que le thème est surpuissamment captivant.

Bref, j’en suis réduit à sauter des lignes pour faire du remplissage.

Dans une saison et demi de BSG, je n’aurais plus d’excuse confortable pour fainéantiser le soir, c’est le bon côté. FUCKIN’ HELL plus qu’une saison et demi argh !

D’ailleurs j’y retourne.