En discussion animée à Preston

La bibliothèque du parfait petit membre de (bio-)hackerspace 4


C’est l’hiver, le moment idéal pour écrire au chaud près du feu qui crépite dans l’âtre…

A la faveur d’une légère insomnie hier soir, je tombe sur le projet d’un ami belge qui cherche à participer à l’ouverture d’un laboratoire ouvert et citoyen dans le nord de Bruxelles. Un peu sur le modèle des copains parisiens de La Paillasse avec qui j’échange depuis janvier, un peu sur le modèle de ce que nous faisons ici à Lausanne depuis mars avec Hackuarium, un peu sur le modèle des amis spécialisés coworking de transforma bxl.

Bref, le monsieur à l’origine du projet, répondant au doux nom de « Hackistan » (KEUR AVEC LES PIPETTES!), a fait ses devoirs et sait ce qu’il veut accomplir. J’ai par ailleurs déjà croisé Pierre-Alexandre Klein, puisque c’est de lui dont il s’agit, dans le cadre de la Medialab Session : nous étions tous les deux mentors lors du dernier format [Playground], un hackathon de deux jours spécialisé « innovation dans les médias », avec développeurs, designers et journalistes, étudiants ou confirmés, dans le nord de l’Angleterre à Preston, Lancashire.

En discussion animée à Preston

En discussion animée à Preston – Photo : Romain Saillet

Et puis cette question d’une personne intéressée : « Novice dans le milieu, je suis preneur de toute information concernant la philosophie, le fonctionnement, la gestion, le marketing, etc, des coworkings, diy-open spaces, fablabs et compagnie afin de pouvoir avoir une meilleure vue d’ensemble de ce qu’implique et représente concrètement ce type d’initiative…à tout niveau. »

Qu’à cela ne tienne, allons-y. Par quoi commencer pour se familiariser un peu avec le sujet ? Qu’ai-je moi-même lu, que suis-je en train de lire, quels liens faciles d’accès résument bien le sujet ? Viens, je t’emmène en Hackingland sans te tenir la main.

Des photos, des histoires, des légendes du milieu : world.lapaillasse.org

Un reportage avec la lentille d’Aurélien aka Daily Laurel et la plume de Quitterie.

Leur travail parle de lui-même. On y rencontre des pointures mondiales du sujet, et des photos sublimes qui capturent comme rarement l’ambiance si particulière de ce genre de communautés, de philosophies et de lieux.

Je suis particulièrement fan du portrait de Mitch Altman, légende US du milieu, co-fondateur du non moins légendaire hackerspace du quartier Mission de San Francisco, Noisebridge. Ils ont une campagne de soutien en cours, tu devrais y penser sérieusement, j’ai donné. Ces gens sont précieux pour l’humanité.

Vous trouverez plus de photos directement sur le site d’Aurélien.

Capture d'écran - Portfolio de Daily Laurel

Capture d’écran – Portfolio de Daily Laurel

Ci-dessous la présentation qu’ils ont inclus dans le vote en cours pour être sélectionnés comme speakers pour la mythique conférence South By South West: Interactive, qui se tiendra comme chaque année en mars prochain, à Austin, Texas. Vous pouvez voter pour eux sur le Panel Picker de SxSW.

J’espère bien être en ville avec eux en mars 2015 pour rencontrer encore un maximum de gens qui comptent dans cette industrie et les sensibiliser à notre approche particulière de l’innovation dans les biotechs. Ce sera aussi l’occasion de revoir les gérants et animateurs des superbes espaces de coworking que compte la ville découverts en 2013 lors de mon premier passage là-bas, et de boire une bière ou douze sur la 6e rue.

Bref, VOTEZ POUR EUX.

Austin, Texas, mars 2013

Austin, Texas, mars 2013 – #nofilter, les enfants

Voilà, ça y est, on a l’eau à la bouche, il va falloir passer au plat de résistance, et lire des livres.

Livres de référence : aménager votre espace dédié à l’innovation

Là, pas de secret, on tape dans la liste non pas originale, mais essentielle. Méfiez-vous si on ne vous parle jamais d’au moins un de ces livres.

Commençons par un peu d’histoire, avec le Draft Craft Manifesto de 2005, par Ulla Engeström (le gras est de moi) :

1. People get satisfaction for being able to create/craft things because they can see themselves in the objects they make. This is not possible in purchased products.
2. The things that people have made themselves have magic powers. They have hidden meanings that other people can’t see.
3. The things people make they usually want to keep and update. Crafting is not against consumption. It is against throwing things away.
4. People seek recognition for the things they have made. Primarily it comes from their friends and family. This manifests as an economy of gifts.
5. People who believe they are producing genuinely cool things seek broader exposure for their products. This creates opportunities for alternative publishing channels.
6. Work inspires work. Seeing what other people have made generates new ideas and designs.
7. Essential for crafting are tools, which are accessible, portable, and easy to learn.
8. Materials become important. Knowledge of what they are made of and where to get them becomes essential. 
9. Recipes become important. The ability to create and distribute interesting recipes becomes valuable.
10. Learning techniques brings people together. This creates online and offline communities of practice
11. Craft-oriented people seek opportunities to discover interesting things and meet their makers. This creates marketplaces.
12. At the bottom, crafting is a form of play.

On tient un cadre. Il va falloir maintenant mettre les mains dans le cambouis, avec une vision du genre de lieu qu’on veut construire. Pas de surprise :

  • pour attaquer je conseille « Zero to Maker » et « The Makerspace Workbench », dans la collection Make Magazine publications. La base,
  • un excellent livre également, dès qu’on commence à réfléchir sérieusement au pourquoi et au comment aménager son hackerspace en tant que lieu central d’innovation ouverte, l’ultra célèbre « Make Space: How to Set the Stage for Creative Collaboration », par Scott Doorley & Scott Witthoft (fondateurs du Stanford d school, aka Institute of Design),
  • dans le cadre très particulier du bio-hacking, on lira avec grand profit l’excellent « Biohackers » d’Alessandro Delfanti, gratuit sur son site. Mon co-fondateur d’Hackuarium, Luc Henry, a co-écrit une critique (en anglais) de ce livre parue dans Science il y a peu (point #onslapèteuntantinet),
  • enfin pour une chouette introduction au coworking, il faut absolument lire le très pratique Coworking Handbook de mon ami Ramon Suarez. Toute son expérience du lancement et de la gestion du célèbre Betacowork de Bruxelles : précieux. Lisez-le, ça sera plus simple pour moi au quotidien.

Côté magazines, on n’aura aucun mal à trouver son bonheur en langue de Martin Luther King, Jr. On notera en françois de bon aloi le remarquable petit jeunot Makery, bien documenté, et qui propose aussi une carte de la plus belle facture. A suivre avec attention à la rentrée !

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Il nous manque peut-être une petite bricole, un peu de culture de l’innovation. Faisons efficace :

  • « Business Model Generation », pour un outil extrêmement utilisé dans le monde entier (enseigné jusqu’à Stanford, écrit à la HEC Lausanne, eh ouais),
  • Ecrit dans un excellent français, avec une finesse d’analyse rare : « L’Âge de la multitude », de Colin (un des trois co-fondateurs de The Family, entre autres) et Verdier, que je suis en train de terminer avec délectation mais tristesse (vu que ça se termine).

 

Voilà, maintenant on a un cadre sérieux, et vous en savez autant que moi sur la théorie de la culture Maker, des hackerspaces, du bio-hacking, et du coworking. Comme quoi, lire, ça fonctionne. Vous pouvez vous la péter discrètement chez vous.

 

Ouf, on a réussi à éviter de parler de Marketing…

Encore raté.

Projetons-nous à 6 mois ou un an de là : votre espace est ouvert, mais pas si rempli. Il va falloir penser au marketing de ce business. On détaillera ça un autre jour, mais oui, même s’il est souvent en mode « non lucratif », c’est un business, ne serait-ce que parce que vous le voulez pérenne, cet espace. Et oui, il faut donc le vendre d’une façon qui permettra à ceux qui sont aussi fous que vous d’acheter.

On va faire simple, lisez :

Vu que vous avez été sages, vous avez le droit de commencer par les 11 premiers épisodes de son dernier show YouTube, #AskGaryVee :

 

Ça me semble déjà bien dense pour aujourd’hui. Et si vous habitez dans la région lausannoise, venez me parler de vos lectures tous les mercredi à 19h, aux réunions ouvertes de notre bio-hackerspace, Hackuarium. Si c’est un peu loin, rejoignez la conversation en ligne via le hashtag #OpenHackuarium.

 

MAJ 17/8 3h17 :

Comme on pouvait s’y attendre, plusieurs potes sont venus compléter cette liste très arbitraire

Notamment sur ce fil de discussion sur facebook.

Paul Bristow a ajouté une chouette liste, très axée Makers

Paul est le fondateur du premier hackerspace genevois, Post Tenebras Lab. Il fait partie d’un groupe qui souhaite organiser une fête de tous les makers de la région du Lac Léman à l’été 2015, Leman Make. L’idée sera bien évidemment de présenter des réalisations, et de bidouiller ensemble. Je trouve bien sûr que c’est une excellente idée, à laquelle j’ai hâte de participer plus activement 😉 Voici ses ajouts :

Deux livres célèbres de Jeremy Rifkin pour commencer :

Paul cite aussi un livre célèbre que le fan de la Waag Society que je suis ne se pardonne pas d’avoir oublié : Open Design Now (tous les articles sont disponibles sur le site). Daily Laurel cité plus haut valide, c’est son « livre de chevet ».

D’autres références citées par Paul : « Making It: Manufacturing Techniques for Product Design » par Chris Lefteri, « The Power of Just Doing Stuff » par Rob Hopkins, le monument « Mechanisms and Mechanical Devices Sourcebook » par Neil Sclater et « Cradle to Cradle ». Pour ce dernier, l’auteur principal a fait un TED talk :

 

Des besoins en définitions un peu plus précises ?

Xavier Alexandre mentionne cet excellent article de Make Magazine : « Is it a Hackerspace, Makerspace, TechShop, or FabLab? », par Gui Cavalcanti (fondateur de Artisan’s Asylum, visité par Daily Laurel). Xavier est Interaction Designer pour l’agence lausannoise :ratio, et membre actif du FabLab de Neuchâtel. Il aime aussi beaucoup trop les crochets de casseroles imprimés 3D, parler de café sans en boire et les vraies pâtes italiennes. Vous pouvez le croiser régulièrement dans les meet-ups UX Romandie, où j’ai appris beaucoup de choses et rencontré pas mal de gens brillants depuis un an.

 

Une excellente websérie documentaire sur la DIYbio et le bioart

Relevée par Daily Laurel, il s’agit de DYIsect. Voici le trailer :

 

Le mot de la fin parce que bon, c’est chez moi

Et je me permets de rajouter tout seul comme un grand cet article très pratique de Mitch Altman, déjà évoqué : « How to create a hackerspace ». Y sont cités les fameux Design Patterns présentés au 24e CCC en décembre 2007 (déjà ? déjà). Plus de détails à leurs sujets sur le wiki de hackerspaces.org.

Si vous avez d’autres sources indispensables à ajouter, les commentaires sont là pour ça.

-Y.


4 commentaires sur “La bibliothèque du parfait petit membre de (bio-)hackerspace

  • Richard Timsit

    Effectivement ici c’est chez toi… Tes lectures ne sont pas mes lectures et vice versa 😉
    Je ne crois pas qu’il soit possible de décrire une bibliothèque idéale pour des espaces comme les nôtres, ils sont ouverts et donc composés de gens d’âge et de culture différente, la liste deviendrait par bonheur bien vite longue…
    Comme tu as déballé ta bibliothèque, je voudrais juste mettre l’accent sur deux ou trois trous dans ses rayons…
    Le premier est le petit livre de Fabien Eychenne qui a pour titre : FabLab : L’avant-garde de la nouvelle révolution industrielle publié chez FYP. Cette petite plaquette a le mérite de tenter de décrire la genèse du mouvement et de tracer ses enjeux.
    Lecture à compléter par ce tour d’horizon du même auteur commandité par la FING…
    http://www.slideshare.net/slidesharefing/tour-dhorizon-des-fab-labs

    Ensuite : Fred Turner Aux sources de l’utopie numérique : de la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand un homme d’influence. Publié chez C&F édition

    Enfin une Revue : l’excellent mcd (Magazine des cultures digitales) dont la rédaction est le noyau de Makery que tu conseilles à juste titre…
    Deux dernières livraisons indispensables : #73 « La numérisation du monde »
    #74 « Art / Industrie »

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