Y’avait pas d’poche.


Y’a des moments dans la vie où il faut savoir sauter dans un train.

Je l’ai toujours dit. Parfois j’essaye d’expliquer, mais les gens se mettent alors à me regarder bizarrement ou à aller chercher le dessert pour meubler. Repose cette pelle à tarte et laisse moi t’expliquer.

Un soir, tu te rends compte que ton banquier a temporairement décidé d’être cool. Oubliant avec une insouciance toute guillerette que c’est une mauvaise idée de tout claquer pour la musique, tu te dis que ça serait monstrueusement terrible de descendre voir enfin une Soirée de poche. Parce que bon. Et tu as des places.

Tu rentres du taf juste ce qu’il faut en retard pour te mettre une saine pression, tu prends ta troisième douche de la journée pour le style, tu jettes une serviette, du déo, et un maximum de T-shirts propres dans un sac, tu sautes dans un métro à 50° juste pour te mettre en appétit, et te voilà Gare du Midi.

Premier indice que tu as fait le bon choix : le Thalys est retardé juste les dix petites minutes qui font que tu as une chance de l’attraper. Ah, au fait: si tu ne l’as jamais fait, je conseille comme expérience initiatique le Thalys du vendredi 18h15 avec une chaleur non feinte. Être le seul en T-shirt (trempinolant de sueur) en première, et payer son billet prix maximum surtaxé -avec une cerise dessus- en liquide, c’est la classe. Ne faites pas ça chez vous sans genouillère.

On me fait signe dans l’oreillette que pour le maintien de l’humeur joviale de mon banquier, je dois cesser immédiatement ce genre de références. Ok, ok, je ne le ferais plus.

 

Tu es donc dans ton Thalys climatisé, tu te rafraîchis, tu changes de T-shirt (un p’tit truc avec Bruxelles écrit dessus, juste assez pour accrocher le regard dans le métro), tu passes un coup de fil à une vieille elfette, puis à Nora. Ouais, le Thalys a un peu de retard, donc un peu timidement, tu te dis que tu vas utiliser le numéro du mail de la Blogo, soyons fous. T’as pas vraiment envie d’être le relou qui arrive quand c’est déjà commencé. C’est bon, mélange de tutoiement, de vouvoiement, tu expliques que tu es un foufou qui prend des Thalys un peu bêtement, tu donnes même pas ton prénom : début 20h30, tu as tout le temps de perdre les dernières gouttes d’eau de tes cellules sur le chemin.

Trois correspondances de métro, cinq litres de sueur, et déjà deux – trois rencontres dans la rue, petits signes de tête entendus “ouais toi aussi tu suis la Blogo”, tu entres le code de la porte de l’immeuble. There you are. Une soirée de poche, mec. Tu tombes assez vite sur deux parisiens assoiffés qui ont déjà dit coucou au bar et qui envisagent déjà la redéco une fois qu’ils auront fait l’acquisition du loft qui nous accueille.

Tu croises des gens, une clope à la main, ou derrière les consoles. Y’a des câbles, des gros Reflex, des furieux qui transpirent la coolitude et le reste (surtout le reste à vrai dire). The Morning Benders cale le son à l’intérieur. Tu respires. T’es chez toi.

 

Y’a plein de choses à raconter, parce que Chryde est un amuseur public (“that’s a pretty important part of my job: being good at being drunk”), parce que la groupie du bassiste est rigolol avec son diadème et sa façon ridicule de danser, parce qu’on est à peu près deux à penser en haut de l’escalier que Karma Police ça serait bien comme cover dans ce patio. Parce que j’ai un peu l’air con à faire des percu avec un gobelet, les pièces dans ma poche, ma semelle sur le carrelage, à un mètre du chanteur des Morning et St Vincent qui boeuf avec délectation (“do we know that tune, you know, like this?”), mais que j’adore ça. Parce que tu respires de l’émotion pure pendant encore deux bonnes heures.

Un léger froid à propos de la clim’ avec notre hôte, un début de fin de soirée, je suis les locaux qui partent histoire d’avoir un toit où dormir, en ayant quand même réussi à donner mes piècettes pour les artistes.

 

Et je suis parti sans dire au revoir. Et je sens que je vais le regretter.

En fait le seul défaut de cette petite robe vieux rose, c’est qu’elle n’avait pas de poche.

Vivement la prochaine soirée. De poche.

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