Aimables silhouettes vocales


 Hier soir, c’était le dernier jour du festival Europavox dans les superbes écrins du Botanique. Gemmes de son, frissons, grâce, beauté suspendue d’interprètes habitées.

Mysticisme. Chamanisme. Sorcellerie. Tous ces mots usés jusqu’à la corde par une critique qui essaye toujours de mettre des mots là où parfois il faut seulement voir, écouter, ressentir.

Y’a-t-il réellement des mots appropriés pour décrire ce qui se passe quand Mariam entame The Drop devant un auditoire hypnotisé par ses moulinets de bras et ses déhanchés, après un premier titre achevé sans micro face à la salle ? Cette façon de marquer le rythme sur le plancher de la scène de l’Orangerie avec ses immenses talons. Petit à petit on se rend compte de la présence de la batterie planante d’Andreas. On comprend – difficilement – que toutes ces voix ne sortent pas du corps de la brune prêtresse, mais qu’il y a jusqu’une vingtaine de choristes derrière elle sur certains morceaux.

C’est encore ces moments a cappella, cette voix d’outre-scène, puissante, clairement audible sans micro par-dessus les chœurs et la caisse claire.

Charmante, strictement, rituellement.

Le souvenir revient de mon premier contact auditif et visuel avec Wildbirds & Peacedrums, cette vidéo tellement spéciale de Vincent Moon. Le même saisissement, la même incompréhension, la même frustration pourtant si agréable. Cette façon de toucher au sacré puis d’en redescendre aussitôt, souriante, proche.

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A peine le temps de récupérer du choc qu’il faut se dépêcher de rejoindre la Rotonde pour tomber à nouveau amoureux, on ne chôme pas ici monsieur, on prend de l’émotion dans la gueule à la chaîne !

Agnes Obel, minuscule derrière son grand Nord, et Anna sa violoncelliste. La petite fille de la production presque trop propre de son album fait surface quand elle parle d’un tout petit filet de voix à son public. Genoux serrés, pieds en dedans. Et puis il se passe quelque chose dès qu’elle chante. Ce pied timidement classique qui vient marquer la mesure. Ce grain de voix, cette profondeur, sur Close Watch ou évidemment Riverside. Sans crier gare, Anna place avec une étrange chaleur infernale venue du nord la complainte de ses cordes. Et l’on est simplement pris par la vaste mélancolie qui se déploie d’un coup de ce petit bout de blonde, et s’envole en immenses volutes vers les sommets du dôme, sans que les poursuites ne parviennent à s’en saisir.

Heureux, très heureux homme, qu’Alex le tour manager mais aussi boyfriend nous susurre la belle comme en s’excusant, qui se voit dédicacer un diaphane Brother Sparrow en fin de set. Après qu’Anna ait fait semblant de vendre le merch par diversion, comme pour qu’on n’oublie pas de rester amoureux jusqu’à la dernière note.

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C’est très certainement injuste, mais l’histoire timidement rock que My Little Cheap Dictaphone essaye ensuite de nous raconter ne me captive pas.

Il y a ces cordes très plaisantes, il y a le mouvement d’humeur du batteur, il y a ce beau moment de solo clavier, mais mon cœur n’y est pas vraiment.

Ce n’est pas de leur faute ; les anges sont passés.

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