CC-BY-SA opensourceway (Flickr)

Causons du don 14


Cela fait quatre mois que je ne donne plus.

 

Je m’étais fait accoster devant ma station de métro par une demoiselle souriante, convaincante, et drôle, ce qui est un ensemble peu courant dans ce genre d’activité. Il faisait beau, j’étais de bonne humeur, je n’avais pas mon casque réglé sur « MOAR LOUDER » sur les oreilles : combinaison encore plus rare. J’ai donc donné pendant un an, 10 € par mois, à l’UNICEF belge. Et puis au moment de quitter la Belgique et de mettre de l’ordre dans mes comptes bancaires, j’ai supprimé le virement automatique

 

Il y a quelques années, j’ai essayé le bénévolat, pour me retrouver dans une équipe qui ne me plaisait pas du tout : arrêt au bout de trois semaines. Il y a des cons partout, même chez ceux qui veulent servir à manger aux sans-abris et papoter un peu avec eux, quand ils en ont envie et que tu ne sens pas trop le savon et la pitié.

 

Ça ne fait pas de moi un exemple, encore moins un type avec quelque chose d’intéressant à dire sur le sujet. Et c’est bien mon problème : j’aime donner, j’aime participer, j’aime partager, par tous les moyens. Mais les parcours classiques à ce sujet – dons d’argent ou de temps à des « œuvres charitables » – ne me conviennent pas du tout.

Je ne lis pas les comptes-rendus que l’on m’envoie ; c’est au mieux un gaspillage de papier. Je ne me sens pas impliqué. Je ne me sens pas partie d’un tout (je déteste ça en général, de toute façon). J’ai besoin de me sentir déterminant, pas seulement partie d’une masse de donneurs. Et même quand je n’ai rien ou pas grand chose à l’échelle occidentale, je sais que je peux quand même faire quelque chose.

 

CC-BY-SA opensourceway (Flickr)

 

Deux possibilités se présentent en ce moment à moi pour essayer de varier tout ça, de trouver une façon de donner qui me convienne. Vous aurez peut-être des idées plus fines et plus pertinentes.

 

Le micro-crédit

La dame avec qui je vis, qui en plus de me rendre heureux pose en général un regard vif et original sur ce monde en folie, a rejoint un système de micro-crédit finançant tous types de projets dans des pays émergents ou particulièrement défavorisés, de l’entrepreunariat classique et simplement malin de faire appel aux Internets mondiaux qui cherchent un moyen de chasser l’ennui, au projet de pompe à eau potable un poil plus vital.

Il en existe plusieurs, celui qu’elle m’a présenté s’appelle Kiva.

Ça a l’air très bien fait, si tu es parrainé on te prête même 25 USD virtuels que tu peux utiliser pour financer de vrais projets. Et le site est propre et agréable à l’usage, ce qui est rare et parfois plus que rebutant pour moi (oui je suis un horrible snob, mais je le vis bien).

Sauf que je n’accroche pas. Après deux soirs à passer en revue les sollicitants pour un prêt, rien qui ne m’ai tapé dans l’œil.

 

Le crowdfounding

Peut-être que je ne suis pas fait pour le don. Ou pas comme ça.

Peut-être que ceux que j’ai vraiment envie d’aider, ce sont de mesquins nantis comme moi, qui ont des préoccupations certes passionnantes et créatives, mais beaucoup plus futiles.

Peut-être que si je consacrais un petit budget pour jouer avec deux projets par mois sur Kickstarter, ça me suffirait. On n’y trouve pas que les « million-dollar projects » dont se régalent les journalistes spécialisés en ce moment, mais aussi du financement de documentaires très engagés, par exemple.

 

Comment tu donnes, toi ? On en avait parlé sur les internets il y a quelques mois, j’ai continué à y réfléchir, sans trouver de réponse satisfaisante.


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14 commentaires sur “Causons du don

  • Shalf Auteur du billet

    Je suis resté sur l’acception courante du « don » (les théories sur la réciprocité me posent plusieurs problèmes), revoir passer toutes ces notions de socio me donne envie de re-suicider un auteur ou deux.

    Beau cadeau-réponse, merci !

  • Fabys(me)

    Je ne pensais pas répondre car je considère toujours que je ne donne pas. En tout cas pas ou très peu aux associations caritatives, et pas de manière régulière. J’ai jamais souscrit aux dons par abonnements.
    Mais en pratique il m’arrive de donner, généralement des objets dont nous n’avons plus l’utilité et que nous considérons comme invendables dans le sens où ils n’ont pas une grande valeur matérielle mais qui peuvent rendre service à ceux qui en ont besoin. Rien d’exceptionnel là dedans et mon commentaire a juste pour but de signaler l’existence d’un site dédié qui s’appelle simplement « Donnons » : http://www.donnons.org/ .
    Ce site fonctionne comme n’importe quel site d’annonces/ventes entre particuliers : une photo, une description, et c’est parti.
    Quand on est comme moi un peu naïf sur le monde, on est très étonné de la quantité de gens qui, par besoin, se manifestent rapidement pour espérer avoir l’objet. C’est la partie qui me plait le moins : on se retrouve à faire un choix, parmi des personnes qui dévoilent généralement un peu ou beaucoup d’eux mêmes pour expliquer en quoi le don leur rendrait service. J’essaye de ne pas trop rentrer là dedans et donc de choisir rapidement parmi les premiers qui se sont manifestés.

    Le crowdfunding me tente mais il reste à trouver le projet qui va bien 😉

  • Shalf Auteur du billet

    Merci pour ce lien, je ne connaissais pas !

    Je comprends tout à fait ce que tu décris sur le choix à faire et comment les gens qui font du forcing sont parfois gênants (au sens premier, ça me donne toujours l’impression de devoir décider qui est le plus méritant, je déteste ça également) quand tu proposes quelques chose à donner sur le web. J’en ai fait l’expérience lors de mon dernier déménagement ; dès que c’est gratuit, le panel de comportements est très large malheureusement.

  • un passant

    Je donne essentiellement aux « cartons du cœur » de mon canton parce que je trouve très important d’aider les gens qui en besoin aussi près de nous. Via un moyen très suisse: le bulletin de versement suivant un budget prédéfini.

    Sinon plus ponctuellement je donne à divers associations caritatives soit toujours via BVR soit lorsque je croise un de leur stand sur un marché. Toujours en privilégiant les associations d’aides locales.

    Jamais testé le bénévolat… Sur le concept ça me tente bien mais en réalité je me vois assez mal m’impliquer de façon régulière.

  • Erdrokan

    Ca fait plusieurs mois que je me dis qu’il faudrait que je mette un commentaire mais que ce sera long. Voilà.
    Je donne assez peu de biens physiques car j’en ai relativement peu. Ce qui ne me sert pas et s’entasse, ça m’énerve et je ne suis pas assez la mode (on arrête de rire là bas dans le fond) pour changer souvent de garde robe (par exemple).

    Je donne surtout dans le « local » et le « improvisé ». A savoir que c’est pas du tout un virement à une institution mais plutôt à un gars qui fait la manche dans la rue. Cela peut arriver car « cela fait longtemps que je n’ai pas donné ». OK des fois c’est aussi pour me sentir moins coupable et/ou m’en débarrasser, je ne suis pas parfais. Si y a du chantage au gamin en revanche, faut pas compter sur moi…
    Je mets de côté les étudiantes qui vendent des gâteaux (y en a assez souvent) car c’est plus un achat qu’un don (je parle des gâteaux…).
    En fait ce que j’aime bien c’est l’opération « remplissez votre caddie de produits choisis par vous dans votre supermarché et il sera donné aux pauvres ». J’imagine que cela fait des flux physiques qui sont plus ennuyeux à transporter que de l’argent mais au moins je sais ce que je donne.

    Pour le bénévolat, j’ai peur de ne pas avoir les épaules…

    Suite à un blog (que tu connais), j’ai tenté aussi Kiva y a 6 mois. C’est assez bien fait même si tout n’est pas parfait. Déjà c’est dur de choisir en effet : pourquoi favoriser cette personne plutôt qu’une autre ? Puis c’est pas facile de se dire « ah mais si cette personne ne trouve pas 450$ en deux jours, ça tombe à l’eau », vaut il mieux aider quelqu’un à qui il manque peu d’argent ? Bref pas simple car on ne peut pas aider tout le monde.
    Je trie en regardant la personne (si elle a déjà obtenu des prêts), l’échéancier (pour remettre des sous dans le circuit plus vite) et aussi le taux d’intérêt car cela me fait un peu mal d’aider un organisme qui propose un taux de 50% (oui il y en a). Après cela dépend du timing, du projet, du feeling…
    Le souci (ou pas) c’est que cela fait un peu jeu vidéo quand même. Mais c’est assez plaisant (et ludique) de se dire « ouais, j’ai eu un remboursement !! Allez je vais trouver un autre projet ».
    Je me dis que cela aide un peu même si ce n’est qu’une goutte d’eau et que le microcrédit ne sauvera pas (tout seul) le monde.

    • Shalf Auteur du billet

      On a une démarche assez similaire en somme. Ça fait longtemps que je n’ai pas participé à une opération de type caddie, mais en effet j’aime bien ça.
      Même si au fond, je suis toujours un petit peu énervé que les fonds publics ne soient pas mieux gérés pour que je n’ai pas à suppléer.

  • sophiemorceau

    Je vois que le dernier comment date d’à peine trois semaines, alors j’y vais franco.

    Je vais prêcher pour ma paroisse, mais y’a des cons partout, surtout chez les gens qui font de la charité bien-pensante en sentant bon le savon.

    Le bénévolat c’est pas que pour les les-gentils-pauvres-qui-ont-faim, quand on s’engage, on peut aussi s’engager pour le rock et la bière, (ou la culture locale de façon générale) . C’est même recommandé et ça n’empêche pas de faire tout le reste – kiva, kickstarter, cartons du coeur et autres actions caddie.

    Mais tu ne donnes pas d’argent, tu t’inscris quand tu veux, tu fais un truc qui a une portée locale, et de temps en temps tu rentres chez toi en t’étant bien marré.
    -> staff@leromandie.ch ( et ailleurs en Suisse romande il y a l’amalgame, bikini test, les prisons et bien d’autres salles de concerts qui fonctionnent sur le même principe.)

      • sophiemorceau

        oui! Pur associatif ! Tout le monde (ou presque) est bénévole.
        Pour faire tourner la baraque: 15 comitards, 2 programmateurs, 1 administrateur – entre 80-120 bénévoles réguliers, de la bière, du rock et de l’humour potache (y’a aussi des sandwiches pour ceux qui aimeraient pas ça) et 100 concerts et soirées par an. + de chiffres ici:
        http://www.leromandie.ch/?a=459

      • sophiemorceau

        je crois savoir que le confort moderne à poitiers, le numatrouff à mulhouse, grrnd zero à lyon et le point FMR, le chabada à angers, la laiterie à strasbourg, les instants chavirés et le point ephemere à paris fonctionnent plus ou moins sur le même principe.. mais le plus simple c’est de checker les flyers quand tu vas voir des concerts, y’a sûrement deux ou trois assoces qui cherchent des bras pour tirer des bières, porter du matos ou autres 🙂