The Boring Network


Je n’avais pas envie d’aimer. Déjà parce que même avec une Avant-première une semaine avant la sortie officielle, c’était déjà has been de parler de ce film (The Social Network) à cause du raz-de-marée de buzz venant de Paris. Tout ce que la ville compte de cinéphiles réels ou fantasmés connectés aux réseaux sociaux n’en pouvait plus de nous vendre ce génial opus d’un Fincher ayant si bien saisi l’air du temps et blablabla.

Je n’avais pas non plus envie d’aimer parce que j’ai tenu à payer ma place. Manifestement, ce n’était pas le cas de la moitié de la salle, vu qu’à peu près toute la Belgique et ma grand-mère avait reçu une invitation. Dur de rentrer dans les frais de location de la salle du Kinépolis remplie aux trois quarts dans ces conditions. Donc forcément le laïus de dix minutes sur combien c’est difficile de faire de l’événementiel en Belgique entre jeunes passionnés du numérique en rentrant dans ses frais, ça m’a un peu fatigué.

Et je n’ai pas aimé. Pas aimé qu’on surjoue la caricature de l’autiste nerd profond en tongues même par -10°C et 20 cms de neige. Pas aimé le débit invendable des acteurs, même avec Fincher qui fait le service après-vente en interview pour essayer de faire pleurer dans les chaumières en nous expliquant que c’était pour réussir à tout faire tenir en 2h15. Pas aimé cette fameuse course d’aviron, sensée contenir tellement de tension et consacrer la gloire du vainqueur sur le champ virtuel, absent physiquement au moment où il gagne définitivement la partie, forçant les « gentlemen » d’Harvard bien nés à choisir l’option du procès. Toujours pas aimé l’allure de chien battu du « meilleur ami floué » : encore le syndrome de la mono-expression faciale pendant deux heures. Ecole Shia LaBeouf ? Je n’ai pas aimé les ralentis expliquant que Justin Timberlake est en train de sécher tout le monde à l’appletini dans un endroit à 50 dollars le verre, parce que c’est NYC tavu.

Enfin, dire que je n’ai pas aimé serait trop faible, j’ai abhorré la ridicule scène finale. Donc le « plus jeune milliardaire de l’histoire », comme ne manque pas de nous le rappeler le bandeau, est infoutu de tirer un trait sur son ex. Mis(e) en abyme, il la demande en amie sur Facebook. Il est comme nous quoi, démuni, paumé, désespérément en manque d’affection.

Mais NON. La réponse est non, bordel ! Cette fille l’a plaqué, puis l’a humilié en plein restau (et il se sent obligé d’aller à l’abattoir alors qu’il vient de se faire sucer dans les chiottes, classe ultime), et ne l’a évidemment jamais rappelé ou donné signe de vie. Dans quel monde un mec normalement constitué va encore chercher à recontacter cette fille ? Même seul, même triste, non, non, non. Surtout quand la belle et sensible avocate sort de l’écran de la plus surréaliste des façons (l’avocate financière qui pratique depuis 20 mois refusant l’invitation à dîner de son client milliardaire qui manifestement lui plait pour raisons déontologiques… n’en jetez plus la cour des clichés déborde).

Le vrai mérite de The Social Network, c’est de démontrer combien les adeptes des réseaux sociaux aiment parler d’eux entre eux. Parce que j’ai essayé de raconter l’intrigue à ma mère, qui lutte déjà pour ouvrir un gmail ou utiliser Skype. Autant vous dire qu’elle m’a coupé au bout d’une minute.

A voir pour qu’on ne vous fasse pas trop chier, et pour pouvoir dire sereinement à vos amis 2.0 médusés qu’un bon sujet ne fait pas nécessairement un bon film. Et à oublier aussitôt.

3/10 sur senscritique.com

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