Pourquoi aller à #SxSW (une 2e fois) ?

2013 était une excellente année pour découvrir South By South West (de son petit nom #SxSW, donc), le festival américain rassemblant chaque année plus de 35’000 furieux de Hi-tech en tous genres pour sa partie « Interactive ». Il a lieu cette année du 13 au 17 mars, et j’y suis.

Découvrir Austin

2013, donc. Découverte d´Austin sous le soleil de mars, découverte de la 6eme rue dans sa beauté nocturne et la folie des costumes sponsorisés de tous ordres : la chouette d’Hootsuite, le logo improbable de la 78e app qui se lançait ce soir-là et qu’on essayait de nous vendre dans un vacarme assourdissant et une ambiance de carnaval, des marques d’alcool… toute la folie commerciale de la tech, de l’Amérique, sont là. Découverte des participants à la GCUC (prononcez « juicy », pour Global Coworking Unconference Conference) qui s’achevait la veille d´Interactive cette année-là, découverte de leurs histoires et de leurs parcours au gré des soirées plus ou moins sauvages, plus ou moins officielles, plus ou moins confidentielles, dans toute la ville. Apprentissage qu’un hôtel situé dans North Austin est toujours une mauvaise idée pour l’enfer logistique qui s’en suit, alors qu’un BBQ est toujours la meilleure idée dans cette ville.

Marié depuis moins de 6 mois, c’était aussi mon premier voyage avec mon épouse, mais seulement pour une partie de celui-là : cinq jours à New York, puis je m’enfuyais pour mon premier « souce baï » comme on dit en francophonie, pendant qu’elle traversait Central Park sous des tombereaux de neige quelques jours de plus puis rentrait chez nous.

Première grosse conférence américaine, première fois à Austin. Et une vilaine crève attrapée dans le froid new-yorkais qui me fera garder le lit presque 3 jours sur les 6 que je devais passer sur place.

« Tout ce que je sais du business, je l’ai appris dans D&D »

Un des premiers moments marquants fut pour moi la présentation #Chaotic de Phil Libin, CEO d’Evernote. Première fois que je voyais un CEO américain pitcher son entreprise tech sur scène. Evidemment jeans et petite veste. Evidemment t-shirt aux couleurs de sa boîte. Même quand on est Phil Libin et que le monde entier utilise ton produit. Surtout quand on est Phil Libin, en fait.
On peut encore retrouver l’intégralité sonore de cette présentation, introduite par Robert Scobble sur Soundcloud.
Enfin je voyais en action l’intuition que j’avais depuis des années, moi qui tentait de commencer une carrière sur la base de ce que j’avais appris à la dure des interactions communautaires comme officier de guildes de jeu vidéo massivement multijoueur à univers persistant, en ligne donc. Phil Libin explique le plus simplement du monde que tout ce qu’il sait du business, il l’a appris dans Donjons & Dragons. Qu’il ne croit pas au jeu à somme nulle, et que donc être Chaotic Good, en affaires comme dans la vie, est la façon la plus simple de faire quelque chose.

Bien sûr il a montré les slides de ses premiers pitches à des investisseurs, avec les classiques graphiques de croissance exponentielle du nombre d’utilisateurs (je faisais partie de ceux-là, et je deviendrais utilisateur premium quelques mois plus tard, pour le rester depuis). Bien sûr il en a fait des caisses. C’est le CEO d’une « 100-years startup », ou qui aimerait bien le devenir, après tout. C’est la présentation (la consécration ?) d’un des rares CEO de l’époque pas obsédé par une future introduction en bourse, même s’il y pense.

Tant d’autres découvertes : les food trucks à l’américaine, un improbable BBQ joint le jour du départ, l’IPA coulant à flots dans certains espaces de coworking non loin de la 6e rue, et les belges présents à Austin paradant avec des chapeaux publicitaires remplis de badges de nos nouveaux et éphémères meilleurs potes. J’ai toujours le mien quelque part dans un tiroir à la maison. Des stickers, dont certains sont toujours des pièces maîtresses de la collection vivante exposée sur mon laptop, et des milliards d’autres goodies.

@garyvee

Et puis il y a la bête de marketing personnel. Découvert deux ou trois ans plus tôt en Belgique dans les couloirs du siège d’Emakina à Bruxelles ou pendant une nuit au Bar du Marché, grâce à Jim : Gary Vaynerchuk. « Son premier bouquin s’appelle ‘Crush It!’, mais il est un peu superflu pour toi, tu as déjà dépassé cette étape. Mais tu dois lire « The Thank You Economy » absolument ! ». Jim avait raison, comme souvent dans ma période bruxelloise (sauf pour une certaine bague). Je viens de débuter comme Junior Conversation Manager, repéré sur Twitter pour mon aisance sur ce réseau. J’allai imploser en vol au bout de quatre mois, mais c’est une autre histoire. @garyvee théorise dans «  The Thank You Economy », chiffres et bibliographie pharaonique à l’appui, pourquoi et comment le marketing en ligne doit viser la relation fidèle de long-terme, et comment la gratitude se crée au sein de l’échange patient et attentif bidirectionnel. Pourquoi les nouveaux clients de notre temps voudront acheter : par gratitude. On parle à l’époque d’usages américains déjà très grand public, alors que les grandes marques européennes ne sont pas sûr qu’avoir une page Facebook ou un compte Twitter soit une bonne idée. Avec un stagiaire, peut-être.
Austin, couloirs du Convention Center. Zone ne nécessitant donc pas de détenir le précieux sésame qu’est le badge d’accès à la conférence pour y circuler. Le type a refusé de faire une des « major keynotes » (3 à 5’000 auditeurs minimum garantis suivant la salle). A la place, il est venu avec un stand gris, une espèce de comptoir surplombé d’un bandeau portant simplement son compte twitter peint en discrets caractères blancs : « @garyvee ». Et ça fonctionne. Ses fans font la file, poliment, calmement, pendant quasiment toute la journée. Il parle avec chacun d’eux, dédicace des bouquins, prend des photos qu’on n’appelle pas encore selfies. Le temps file. Je ne suis arrivé qu’à la mi-journée, je fais partie de la grosse vingtaine de ceux qui attendent encore leur tour quand Gary annonce qu’il va bientôt devoir aller prendre son avion. Alors un cercle se forme, et il propose aux plus hardis de prendre la parole, de se présenter. Quand viendra mon tour, ce sera simplement un « Since I read your book, and you are getting behind schedule, let’s cut the crap: Thank You. » Regards. J’ai mon édition hardcover de « The Thank You Economy » dans les bras. Sans un mot, il s’en saisit, la signe, me sert la main: « Thank YOU, Yann. ». Il fait le job.
Les bénévoles que j’aborde après son départ sont épatés : « on ne sait pas qui est ce mec, mais on n’a jamais vu ça, une file aussi longue, aussi longtemps ! ». Je le croiserai à nouveau à Londres un an plus tard pour la signature du bouquin suivant, grâce à Neila et un coup de bluff lié à la Medialab Session, propulsée partenaire média officiel de cet événement unique en Angleterre… suite à un simple tweet de ma part. Il me dédicacera un exemplaire avec un rhinocéros pour ma femme, alors en train de devenir consultante et productrice de contenu indépendante (comment, tu ne lis pas son blog ?!).
Le type en fait trop, il a des centaines d’heures de podcast vidéo derrière lui, d’abord pour déguster et vendre du vin, puis pour mettre en scène son agence de communication, et certains le détestent. Son dernier bouquin, presqu’un manuel, n’est pas le plus puissant, même si le concept est encore plus affiné : « Jab, Jab, Jab, Right Hook », soit « Give, give, give [to your community], then ask[/sell] ». Et pourtant il fait sûrement gagner un temps fou à des milliers d’Account Managers d’agences spécialisées médias sociaux dans le monde, si leurs clients savent lire. Gary Vaynerchuk en fait trop, mais son portfolio d’investisseur, incluant Twitter et d’autres grands noms de la tech et des apps aujourd’hui, parle pour lui. Un des premiers utilisateurs, suite au lancement confidentiel en 2006… à SxSW. Evidemment. Quelqu’un dont on peut apprendre beaucoup donc, surtout au vu du poids qu’a eu et a encore Twitter dans mon parcours professionnel et personnel ces six dernières années. Un type qui continue à répondre aux mentions dès qu’il a cinq minutes dans un taxi, même depuis qu’il a dépassé le million d’abonnés.
Cette année, Gary a cédé aux sirènes des 5’000 fans chauffés à blanc, et sera sur la scène de SxSW Interactive avec l’ex-CEO de GE pour une conversation qui s’annonce d’ores et déjà épique.

WiFi & culture

Y a-t-il une mythologie de l’homme blanc trentenaire startuper dans la tech ? Si oui, le pèlerinage se fait à Austin, et le Convention Center en est le temple.
Le seul endroit au monde où j’ai vu de mes yeux un directeur/VP de Cisco se balader avec des seaux entiers de relais WiFi dans les mains, vérifiant nerveusement sur son smartphone les indications des gens qui l’interpellaient sur son compte Twitter personnel pour aller en jeter par poignées dans les pièces du Convention Center où le WiFi se faisait faible.
Le seul endroit au monde où on a laissé rentrer mon groupe de potes en VIP dans une fête parce que nous dépassions les 10’000 abonnés twitter à nous six et que nous avions accepté de tous télécharger l’app de la startup qui recevait sur le champ, devant le videur, avant de se faire arroser de hotdogs et de bières toute la nuit.

Le premier rassemblement professionnel de ma nouvelle vie où je n’ai pas eu à expliquer ce que je faisais en tant que « Conversationalist », le titre qui figure sur mes cartes de visites depuis 2012, et où on a pu rentrer dans le vif du sujet immédiatement : parler de nos communautés en ligne ou physiques respectives, de leurs densités, de leurs impacts, de leurs ambitions. Où « Community Manager » était déjà désuet, incomplet, obsolète.
D’autres endroits suivront cette même années 2013 où je me sentirais chez moi. Par exemple avec ma première participation à la Coworking Europe Conference à Barcelone, après avoir micro-crowdfundé mon budget (et un peu plus pour la communauté) pour y aller.

SxSW Interactive, l’endroit où toute personne se disant « startuper » voire « entrepreneur disruptif » (sic) en Europe doit un jour mettre les pieds pour savoir de quoi il parle, et à quelle culture il appartient, d’où il vient, s’il y appartient vraiment. L’endroit où « High risk & High growth » ne sont pas que des mots. Pour comprendre ce que c’est qu’un Trade Show où on joue de la guitare hawaïenne et où on te remet une serviette en papier imprimé pour que tu te souviennes du nom de l’app parmi 500, 1000 autres. Coucou Napkin.io, où que vous soyez aujourd’hui : vous aviez tout compris. La preuve, vous êtes gravés au fer rouge dans ma mémoire, 2 ans et quelques centaines de rencontres plus tard. L’endroit où cette culture si fortement liée aux arts — SxSW, c’est également et depuis bien plus longtemps un festival majeur de musique et de cinéma se déroulant sensiblement en même temps dans la ville — s’est développée, accompagnant ou précédant toutes les évolutions majeures des technologies liées à Internet de ces 10 dernières années. Il faut d’ailleurs lire le passionnant « SxSWi Uncensored » pour comprendre l’oralité, la vivacité de cette culture du flux, et les différentes époques et prises de pouvoir éditorial de divers groupes d’influence.

SxSW, la conférence qui s’empare de la medtech comme si c’était naturel. La prochaine frontière hi-tech. Le prochain enjeu majeur ; une des raisons qui donne tout son sens à mon engagement sans compter dans l’aventure Hackuarium / UniverCité aujourd’hui.
J’espère pouvoir servir d’éclaireur à ma communauté élargie en Suisse romande sur ces sujets cette année. Le défrichage à faire est immense, dans un pays (la Suisse) où plein de gens mortellement sérieux demandent encore à des entrepreneurs de remplir des Business Plans inutiles et obsolètes avant même d’être achevés au lieu d’apprendre à savoir qui sont vraiment leurs clients et leurs besoins. Les mêmes qui regrettent ensuite l’échec d’ingénieurs n’ayant jamais reçu le moindre cours de Marketing 101 dans leur formation. Le monde avance, les gars. La multitude des clients connectés a repris le pouvoir. Sans vous.

Parlons et agissons en avril

Je suis disponible à mon retour dès le 23 mars ou plus tard cette année, partout en Suisse romande, pour échanger à ce sujet et présenter les résultats de mes pérégrinations aux professionnels le désirant. Plusieurs formats sont envisageables pour presque pas cher, du déjeuner à la masterclass.
Un de mes rêves complètement improbables serait d’y retourner l’an prochain ou dans deux ans avec une délégation romande clairement identifiée. Ou ailleurs, mais ensemble. D’autres l’ont fait en francophonie, et ce fut déterminant pour toute une génération d’entrepreneurs. Je suis donc également disponible pour mettre ça sur pieds, sans tarder.

SxSW, l’événement qui m’a permis d’arrêter de douter pour de mauvaises raisons, qui m’a permis de rencontrer ou revoir tant de professionnels passionnants, dont certains sont devenus des amis proches : I belong here. And here I come again!

#MyTopTenBooks : que donnons-nous à voir ?

Qu’est-ce qu’on partage quand on présente au détour d’un tweet sa sélection arbitraire et la plus spontanée possible de dix livres ?

Les dix livres à lire absolument ? Les dix sans lesquels notre vie n’aurait pas été la même ? Les dix que l’on relit régulièrement, ceux qu’on n’a jamais réussi à relire ? Les dix qu’il faut avoir lu pour avoir une chance de vous comprendre ? Compliqué. C’est intime, une liste de livres. Ça creuse profond. Ou au contraire c’est un pied-de-nez.

Dans mon cas, qu’est-ce qu’on se met sous la dent ?

Les armes secrètes, Julio Cortázar.

Certaines nouvelles changent une vie. D’autres élargissent l’horizon. Cortázar fait tout ça, et mieux.

« Alors Dédée a dit qu’elle allait préparer du nescafé. Cela m’a fait plaisir de voir qu’ils avaient au moins une boîte de nescafé. Quand on a une boîte de nescafé, on est pas tout à fait dans la misère noire. On a encore de quoi tenir un peu. » — Extrait de « L’homme à l’affût ».

A Little Larger Than the Entire Universe, Fernando Pessoa.

Je cherchais Le livre de l’intranquilité, et pas moyen de remettre la main dessus.

Pessoa, c’est l’auteur que tu as envie d’envoyer à la gueule par brouettes aux incultes qui parlent trop, à ceux qui n’ont jamais connu la lumière de fin de journée sur Lisboa, ceux qui ne connaissent pas la saudade, la culture d’un peuple de la mer qui vient de loin. Les bas-du-front qui te parlent de carreleurs et de poils. Sombres cons.

Ruy Blas, Victor Hugo.

Central. Le drame romantique, la bataille d’Hernani… Hugo au sommet de son art dramaturgique, avec une préface au moins aussi importante que la pièce elle-même. Il y avait à cette époque les génies capables de changer une manière séculaire d’écrire pour la scène, et ceux encore plus géniaux capables de l’expliquer aux autres.

Et puis le thème. Grandeurs et décadences du pouvoir, des hommes qu’il transforme. L’amour, et ses stupidités comme ses grandeurs. Et puis l’Espagne, celle du grand siècle. J’ai étudié cette pièce en usant mes jeans sur les chaises d’un lycée du Sud-Ouest, je me souviens encore de ma phrase d’introduction de la dissertation qui me valu 17/20 au Bac. Je vivrais deux ans plus tard dans une ville où ceux qui avaient fuit Franco et leurs enfants changeaient l’art et la façon de vivre.

Reproduction d'un dessin de Benjamin Roubaud, 1842. "La Grande Chevauchée de la Postérité".

Reproduction d’un dessin de Benjamin Roubaud, 1842. « La Grande Chevauchée de la Postérité » (Domaine Public, via Wikimedia Commons)

Les neuf princes d’Ambre, Roger Zelazny.

Rentrer dans un univers, s’y laisser draper, en tellement peu de mots que c’en est vertigineux.

Le sens du poil, Flipflap von Bonpourtonpoil.

Un jeune auteur sur fond bleu à la lolfluence décisive.

La Horde du Contrevent, Alain Damasio.

Exercice de style exceptionnel.

La Zone du Dehors, Alain Damasio.

Comme 1984, mais en plus actuel. Appel à la Volte, au refus de ce qu’on pense pour toi, mieux, dans d’autres cerveaux.

The Elephant Vanishes, Haruki Murakami.

Ce recueil de nouvelles m’a appris le sens de l’absurde, là où mes Bruxellois préférés n’avaient que commencé le travail.

Des nouvelles comme « Sleep », qui commence par cet exceptionnel : « This is my seventeenth day without sleep ». Ou encore :

« Now, of course, I know exactly what I should have said to her. It would have been a long speech, though, far too long for me to have delivered it properly. The ideas I come up with are never very practical.

Oh well, it would have started « Once upon a time », and ended « A sad story, don’t you think? » (…)

But the glow of their memories was far too weak, and their thoughts no longer had the clarity of fourteen years earlier. Without a word, they passed each other, disappearing into the crowd. Forever.

A sad story, don’t you think?

Yes, that’s it, that is what I should have said to her. » — extrait de « On seeing the 100% perfect girl one beautiful April morning ».

Pour en apprendre davantage sur la solide culture musicale de l’auteur (qui a aussi tenu un club de jazz dans une de ses vies), je recommande chaudement l’excellent « Haruki Murakami and the Music of Words », par Jay Rubin (Vintage, 2005).

L’homme précaire et la littérature, André Malraux.

Ma fierté de rat de rayonnages : épuisé et introuvable pendant longtemps (un libraire de mes amis m’apprend à l’instant qu’il vient d’être réédité), j’avais chopé le dernier de la maison Castela aujourd’hui fermée, au coin du Capitole toulousain. La vision du ministre de la culture Malraux, une érudition qui calme un peu. A lire avec un bloc-notes pour toutes les références qu’on n’a pas et qui ne feront pas de mal à acquérir pour devenir un honnête homme de l’art.

Il trône dans ma bibliothèque à côté du best-seller de Joël Dicker, pour rigoler.

Sept jours pour mourir, Ingrid Black.

Le dernier livre que j’ai emprunté à mon père de son vivant, le dernier d’une glorieuse et longue série. C’est stupide, il avait une collection de polars tous plus brillants les uns que les autres, et il a fallu que ça tombe sur cette daube. Ironie du bouquin qu’on picore un soir sur une étagère.

Le Seigneur des Anneaux, J.R.R. Tolkien.

Lu tous les ans de mes 16 à mes 26 ans. Pour la scène de la boule de furie naine qui sort d’une poterne et fait rouler des têtes d’orcs d’un geste alerte dans la boue du Gouffre de Helm, principalement. Cette édition spéciale a survécu au feu et à l’eau, j’y tiens particulièrement.

That's all folks!

Un peu de contexte pour les data lovers :

Le point de vue et l’analyse du mathématicien, de l’historien, et de la femme de ma vie. Ma pile a été soumise trop tard pour faire partie des data traitées, mais ça vaut le coup d’œil tout d’même.

Crève, Community Manager (reste, en vrai je t’aime bien) !

Dans cinq ans, le métier de Community Manager n’existera plus. Et c’est une bonne chose, nous l’allons développer maintenant, comme disait Jean (pas l’aigri faussement européaniste, l’autre). Si tu es étudiant en Community Management (ça rime), je viens probablement de te péter le moral. Mais tu verras, on va s’en sortir ensemble, et tu vas aimer ça.
En passant, « manager » est le pire mot jamais employé pour décrire ce métier. Ne faites plus ça, personne ne veut se faire mal intentionnellement en se tirant des lettres armées dans le pied.
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Pas d’exécution, pas de chocolat ou « Comment je suis devenu CCC »

J’assistais ce matin à une discussion passionnante dans le cadre d’un rendez-vous mensuel à Neuchâtel, le 2×10 (un espace, commun au Swiss Creative Center et au FabLab à 20 secondes de la gare, 15 à 30 personnes, du café, 2 fois 10 minutes de présentations, une discussion d’une petite heure).
Le thème, la propriété intellectuelle, a permis à Charles Andrès, mon employé (je suis membre actif de l’association qui lui paye son salaire), de tenir le rôle de champion des biens communs. C’était bien.

Ah non c'est pas ça. Belle pierre !

Ah non c’est pas ça. Belle pierre !

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Back to School: Coursera.org

C’est la rentrée paraît-il, alors allons y sans complexe : une introduction en Computer Science à Stanford, un renforcement en Corporate Finance grâce à un prof prestigieux de Wharton, et pourquoi pas quelques éléments sur l’état de la science et des technologies dans la société chinoise ?

Back to school

Bon évidemment, vu que je suis en train de me lancer en tant que consultant indépendant, ça sera peut-être bien pour l’an prochain, tout ça non ?

FAUX.

Aucun rapport avec Pratchett

Bien au-delà du fantasme, il ne m’a fallu qu’une heure et zéro euros francs pour m’inscrire à ces modules et à d’autres et renseigner mon profil sur Coursera.org. Ces cours sont évidemment un peu particuliers. Ils participent à un mouvement en plein essor répondant au doux acronyme britton de MOOC, pour Massive Open Online Course. La plateforme que j’ai retenu, Coursera donc, a beaucoup fait parlé d’elle en 2012 pour avoir déjà conclu des partenariats avec plus d’une trentaine d’universités prestigieuses.
Même l’EPFL est là, et son Président a récemment annoncé qu’il prenait une année sabbatique, notamment pour observer les enjeux stratégiques liés à ces nouveaux modes de dissémination qualifiée du savoir que sont les MOOCs.

Un objectif double : entretenir mes neurones et progresser

Parmi les cours où je suis inscrit, trois me semblent particulièrement importants, par la qualité des matériaux ainsi mis à disposition, ou par la difficulté de trouver (à prix et horaires abordables) localement des formations au niveau académique suffisant. Restons calmes les Helvètes, je n’ai mon permis B que depuis un mois. Rangez ces fusils d’assault (oui, le Gripen au fond, aussi).

Corporate Finance, par Franklin Allen, Wharton/Penn

C’est un tweet qui m’a mis la puce à l’oreille :

Et effectivement, le monsieur semble très intéressant. Il met un tout petit peu la pression dans la vidéo de présentation en rappelant le public habituel de ce cours (MBA – Finance 6.11, tout d’même), mais ça va, on gère :

La date du cours n’est pas encore connue, mais pour l’ancien étudiant en Microéconomie à Toulouse que je suis, il est particulièrement bon de renouer avec la sensation que les gens en question ne sont pas là pour tricoter, et que ça va mouliner sévère de la yaourtière, si j’puis dire.

Mes deux premiers cours commençant fin janvier : Innovation, et Réseaux sociaux (pour de vrai)

A force de traîner avec demander des conseils à des entrepreneurs bruxellois ou de boire des bières avec un binôme statisticien-historien spécialisé en Digital Humanities, il fallait s’y attendre : la lente descente, la compromission ; j’ai BESOIN de retoucher même de loin à la théorie solidement documentée et aux racines profondes que confère l’expérience de terrain. Je sens que parler dans ce contexte de réseaux au sens noble, scientifique, du terme et de processus d’innovation dans l’entreprise va me stimuler bien comme il faut.

Avoir des idées certes, mais savoir d’où elles viennent, en somme.

La poire pour la soif

Pour moi qui peine dès qu’il doit passer en éditeur HTML pour ne serait-ce que poster ici, le meilleur était encore à venir.
Je n’ai jamais fait l’effort d’apprendre à coder. J’ai de vagues notions d’algorithmique, je sais comment se débrouiller d’un forum phpBB à un WordPress chichement agencé, mais ça s’arrête très vite là.
Alors je dois avouer qu’au moment de cliquer sur « Sign Up » pour m’inscrire à Computer Science 101, Stanford après avoir vu cette vidéo, j’étais tout fou.

De manière pratique, je me suis organisé pour que la charge de travail prévue ne dépasse pas 10-12h par semaine (certains mois on descend même à 5), en fonction des cours se chevauchant. Ça me semble tout à fait raisonnable dans mon cas particulier.

Un dernier détail, et non des moindres : à de rares exceptions près, les cours en question donnent tous droit en cas de réussite aux examens finaux à un certificat signé de l’instructeur. On est encore loin de la conversion en ECTS, mais tout d’même.

Et bien sûr, si je vous ai donné envie de me rejoindre dans une classe ou l’autre, faites moi signe ; on montera un groupe d’étude.

Causons du don

Cela fait quatre mois que je ne donne plus.

 

Je m’étais fait accoster devant ma station de métro par une demoiselle souriante, convaincante, et drôle, ce qui est un ensemble peu courant dans ce genre d’activité. Il faisait beau, j’étais de bonne humeur, je n’avais pas mon casque réglé sur « MOAR LOUDER » sur les oreilles : combinaison encore plus rare. J’ai donc donné pendant un an, 10 € par mois, à l’UNICEF belge. Et puis au moment de quitter la Belgique et de mettre de l’ordre dans mes comptes bancaires, j’ai supprimé le virement automatique

 

Il y a quelques années, j’ai essayé le bénévolat, pour me retrouver dans une équipe qui ne me plaisait pas du tout : arrêt au bout de trois semaines. Il y a des cons partout, même chez ceux qui veulent servir à manger aux sans-abris et papoter un peu avec eux, quand ils en ont envie et que tu ne sens pas trop le savon et la pitié.

 

Ça ne fait pas de moi un exemple, encore moins un type avec quelque chose d’intéressant à dire sur le sujet. Et c’est bien mon problème : j’aime donner, j’aime participer, j’aime partager, par tous les moyens. Mais les parcours classiques à ce sujet – dons d’argent ou de temps à des « œuvres charitables » – ne me conviennent pas du tout.

Je ne lis pas les comptes-rendus que l’on m’envoie ; c’est au mieux un gaspillage de papier. Je ne me sens pas impliqué. Je ne me sens pas partie d’un tout (je déteste ça en général, de toute façon). J’ai besoin de me sentir déterminant, pas seulement partie d’une masse de donneurs. Et même quand je n’ai rien ou pas grand chose à l’échelle occidentale, je sais que je peux quand même faire quelque chose.

 

CC-BY-SA opensourceway (Flickr)

 

Deux possibilités se présentent en ce moment à moi pour essayer de varier tout ça, de trouver une façon de donner qui me convienne. Vous aurez peut-être des idées plus fines et plus pertinentes.

 

Le micro-crédit

La dame avec qui je vis, qui en plus de me rendre heureux pose en général un regard vif et original sur ce monde en folie, a rejoint un système de micro-crédit finançant tous types de projets dans des pays émergents ou particulièrement défavorisés, de l’entrepreunariat classique et simplement malin de faire appel aux Internets mondiaux qui cherchent un moyen de chasser l’ennui, au projet de pompe à eau potable un poil plus vital.

Il en existe plusieurs, celui qu’elle m’a présenté s’appelle Kiva.

Ça a l’air très bien fait, si tu es parrainé on te prête même 25 USD virtuels que tu peux utiliser pour financer de vrais projets. Et le site est propre et agréable à l’usage, ce qui est rare et parfois plus que rebutant pour moi (oui je suis un horrible snob, mais je le vis bien).

Sauf que je n’accroche pas. Après deux soirs à passer en revue les sollicitants pour un prêt, rien qui ne m’ai tapé dans l’œil.

 

Le crowdfounding

Peut-être que je ne suis pas fait pour le don. Ou pas comme ça.

Peut-être que ceux que j’ai vraiment envie d’aider, ce sont de mesquins nantis comme moi, qui ont des préoccupations certes passionnantes et créatives, mais beaucoup plus futiles.

Peut-être que si je consacrais un petit budget pour jouer avec deux projets par mois sur Kickstarter, ça me suffirait. On n’y trouve pas que les « million-dollar projects » dont se régalent les journalistes spécialisés en ce moment, mais aussi du financement de documentaires très engagés, par exemple.

 

Comment tu donnes, toi ? On en avait parlé sur les internets il y a quelques mois, j’ai continué à y réfléchir, sans trouver de réponse satisfaisante.